DES FRINGUES... DES VÊTEMENTS... DES TOILETTES!

DES FRINGUES... DES VÊTEMENTS... DES TOILETTES!
OUVREZ VOTRE GARDE-ROBE!

lundi 21 septembre 2009

Résumé de lecture 2

« Nouvelle-France », « Canada », « Québec » : parcours lexicographique du Grand Siècle au siècle des philosophes, de Jean Pruvost
Dans cet article, Jean Pruvost propose un parcours lexicographique à la manière d’un voyage dans l’univers des dictionnaires monolingues de France. Il nous fait découvrir comment les lexicographes ont utilisé de manière plus ou moins confuse les mots-clés, « nouvelle France, Canada, Québec » au cours du dix-sept et dix-huitième siècle.
Tout d’abord, un premier arrêt s’impose dans les dictionnaires monolingues français fondateurs. Ensuite, il nous amène vers la première moitié du dix-huitième siècle où les ouvrages commencent à intégrer peu à peu des mots et des réalités appartenant à l’Amérique. Finalement le troisième dictionnaire, Encyclopédie de Diderot et Alembert permet de relever, classer, analyser toutes les occurrences de ces mots-clés.
Il faut retourner en 1571 au dictionnaire d’épithètes Les Épithètes françoises de Maurice de La Porte pour trouver le mot France, aucune mention cependant n’est faite de la Nouvelle France et de Canada. Cet ouvrage vise à donner des épithètes aux poètes pour ainsi les aider à leur propos. Par contre, il est intéressant de voir comment le mot « sauvages » est défini. De La Porte ne se gêne pas pour les qualifier entre autres de « cruels et brutaux ».
Ensuite Pruvost nous présente les trois premiers dictionnaires monolingues qui marqueront la fin du Grand Siècle.
1.- Le Dictionnaire françois (1680) de Richelet – aucune mention de la Nouvelle-France ni du Canada, on y retrouve quelques commentaires se rapportant aux indiens pour définir leurs moyens de transport.
2.-Le Dictionnaire universel (1690) de Furetière – aucune mention de la Nouvelle-France, par contre le nouveau Monde, l’Amérique, le Canada et le Québec y sont présents.
3.- Le Dictionnaire de l’Académie françoise (1694) – y mentionne une seule fois la Nouvelle-France en opposition à quatre pour le Canada.
L’auteur rapporte qu’on ne peut que constater que c’est le mot Canada qui l’emporte sur le terme Nouvelle-France et que c’est peut-être pour cela qu’encore aujourd’hui, ces deux termes sont parfois perçus comme synonymes par des Français peu instruits et mal formés en géographie.
Par la suite, l’auteur nous transporte vers l’année 1718 où paraissait le Dictionnaire comique, satyrique, critique, burlesque, libre et proverbial de Philibert Joseph Leroux. Il est évident qu’un tel titre n’annonce en rien la mention de la Nouvelle-France. Cependant cet ouvrage traite de façon particulière le mot Iroquois, qui est décrit comme étant « un mot piquant et injurieux lorsqu’on l’applique à une personne qu’on maltraite d’injures et de paroles ».
Puis, le Grand Dictionnaire géographique historique et critique de La Martinière y fait pour sa part une description détaillée du Nouveau Monde en utilisant une liste des régions et des peuples qui composent l’Amérique. Étant donné que le recensement et la désignation des aires géographiques est en grande demande, il en va de soi que les lexicographes en fasse leur responsabilité.
Dans la lignée de l’ouvrage de Furetière, vient par la suite le Dictionnaire de Trévoux qui fut rédigé par les jésuites. Ce dictionnaire se veut un ajout d’informations et n’apporte pas de grands changements au travail de Furetière. On y retrouve par contre des traductions latines, par exemple les mots iroquois, hurons, caribou y sont latinisés.
Ce n’est qu’à partir du 18ième siècle que les dictionnaires réserveront une place de plus en plus grande à la Nouvelle-France. C’est d’ailleurs dans l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert (1751-1772) qu’un nouveau genre s’annonce : celui de l’encyclopédie. La Nouvelle-France y sera représentée comme une entité politique et elle y fera une entrée spectaculaire. On y retrouvera 90 occurrences de celle-ci. Le Canada aura pour sa part 190 occurrences, mais seulement 9 pour Québec. Cette encyclopédie aura été produite en raison du désir de traduire les trois volumes de la Cyclopoedia de William Chambers. Il aura fallu trente ans à ces auteurs pour effectuer ce travail colossal. Ils seront reconnus internationalement et leur œuvre sera considérée comme un « monument lexicographique ». Contrairement au dictionnaire de Leroux, les « sauvages », seront présenter différemment, on dira d’eux qu’ils sont des êtres intelligents malgré quelques défauts. On remarque que les encyclopédistes ne s’intéressent pas à la situation politique en Nouvelle-France : c’est plutôt au climat et aux peuples qu’ils s’intéressent et non à la rivalité Français/Anglais. Les références faites à la Nouvelle-France, au Canada et au Québec dans l’Encyclopédie peuvent être regroupées en 13 éléments soient les considérations géographiques, les noms de peuples et de peuplades, les « sauvages », la nature, le climat, la religion, les traditions, les animaux, les plantes, les produits alimentaires et médicaux, le commerce, et les moyens de transports.
Jean Pruvost nous fait constater qu’à travers ces 13 éléments, nous pouvons comprendre la vision des Français au sujet de la Nouvelle-France. Le contexte politique ne semble pas occuper une place importante. Le Canada est vu comme une terre chaleureuse où les conflits et les territoires occupés ne sont que des évènements secondaires. Par contre, la géographie et l’ethnologie reçoivent beaucoup plus d’intérêt.
Pour mettre fin à notre voyage, l’auteur présente tout d’abord le Dictionnaire critique de la langue française de Féraud (1787) où on y présente le mot « les capillaires » pour mentionner le Canada. Or cet ouvrage ne fait nulle mention de la Nouvelle-France. L’auteur s’attarde toutefois aux prépositions précédent Canada (du, de, en). Par la suite, le Dictionnaire pour jeunes personnes, complément nécessaire de toute bonne éducation (1841). Cet ouvrage « édulcoré » représente le côté machiste de l’époque, puisqu’il est en quelque sorte une version du Dictionnaire de la conversation et de la lecture destiné aux hommes. Ce qui rend sa lecture intéressante est le fait que pour une première fois, la France semble regretter d’avoir laissé tomber sa cousine la Nouvelle-France et exprime le désir de vouloir créer des liens avec les francophones de l’Amérique du Nord.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire